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Procédure anti-blanchiment en Belgique : obligations des entités assujetties

Procédure anti-blanchiment en Belgique : entités assujetties, vigilance KYC, déclaration de soupçon à la CTIF et registre UBO, sous la loi de 2017.

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L'équipe Monsiegesocial

Publié le 3 mars 2023Mis à jour le 29 juin 202611 min de lecture
Sources officielles vérifiées
Bureau de conformité avec documents d'identification de clients et calculatrice pour le contrôle anti-blanchiment

À retenir

  • La lutte contre le blanchiment en Belgique repose sur la loi du 18 septembre 2017, qui transpose les directives européennes anti-blanchiment.
  • Seules les entités assujetties listées par la loi (banques, notaires, experts-comptables, agents immobiliers, prestataires de domiciliation, etc.) doivent mettre en place la procédure.
  • Le cœur de la procédure est la vigilance à l'égard de la clientèle (KYC) : identifier le client et son bénéficiaire effectif, comprendre la relation, puis surveiller les opérations.
  • Toute opération suspecte se déclare à la CTIF, la cellule de renseignement financier belge, et la conservation des documents est obligatoire.

La procédure anti-blanchiment en Belgique ne concerne pas toutes les entreprises de la même manière. Elle pèse sur une liste précise de professions et de secteurs, dits entités assujetties, qui sont en première ligne pour détecter les flux d'argent d'origine criminelle. Le cadre est fixé par la loi du 18 septembre 2017 relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme, qui transpose en droit belge les directives européennes en la matière. Pour ces entités, la conformité n'est pas une option : c'est une obligation légale, contrôlée et sanctionnée. Cet article explique qui est assujetti, en quoi consistent les obligations de vigilance, comment se déroule la procédure étape par étape, et où elle croise le registre UBO et l'enregistrement des prestataires de services aux sociétés.

Le cadre légal de la lutte contre le blanchiment en Belgique

Le texte de référence est la loi du 18 septembre 2017 relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme et à la limitation de l'utilisation des espèces. Elle a remplacé la précédente loi de 1993 et transpose le paquet de directives européennes anti-blanchiment, communément désignées par l'acronyme anglais AML pour Anti-Money Laundering. L'objectif est double : empêcher l'injection d'argent criminel dans l'économie légale et couper le financement du terrorisme.

La logique du dispositif est préventive. Plutôt que de tout faire reposer sur la police et la justice après coup, le législateur mobilise les professionnels qui voient passer les flux financiers et les opérations à risque. Ces professionnels deviennent des sentinelles : ils connaissent leurs clients, surveillent les opérations et signalent ce qui sort de l'ordinaire.

Les entités assujetties : qui doit appliquer la procédure

La procédure ne s'impose qu'aux entités assujetties que la loi énumère. Il s'agit pour l'essentiel de professions du secteur financier, du chiffre, du droit et de l'immobilier, ainsi que de certains commerçants. Une entreprise qui n'exerce aucune de ces activités n'a pas à se doter d'un dispositif interne, mais elle sera elle-même soumise aux contrôles de son banquier, de son notaire ou de son comptable.

Les principales catégories d'entités assujetties

  • Établissements financiers

    Banques, établissements de paiement et de monnaie électronique, entreprises d'assurance-vie, sociétés de bourse.

  • Professions du chiffre

    Réviseurs d'entreprises, experts-comptables et conseils fiscaux, dans l'exercice de leurs missions.

  • Notaires et, dans certains cas, avocats

    Les notaires pour les actes qu'ils instrumentent ; les avocats pour des opérations limitativement visées, notamment financières ou immobilières.

  • Agents immobiliers

    Pour les transactions de vente et de location au-delà de certains seuils, profession déjà encadrée par l'IPI.

  • Prestataires de services aux sociétés

    Dont les prestataires de domiciliation, qui fournissent un siège social ou des services liés à la constitution et à la gestion de sociétés.

  • Commerçants en biens de grande valeur

    Notamment les négociants quand le paiement intervient en espèces au-delà du plafond légal.

Cette liste n'est pas exhaustive et le détail des activités visées figure dans la loi. Le point à retenir : être assujetti dépend de la nature de l'activité, pas de la forme juridique. Une SRL de conseil fiscal est assujettie, une SRL de e-commerce ne l'est en principe pas, sauf à manier des biens de grande valeur réglés en espèces.

La vigilance à l'égard de la clientèle, cœur de la procédure

L'obligation centrale est la vigilance à l'égard de la clientèle, souvent désignée par l'acronyme anglais KYC pour Know Your Customer. Avant d'entrer en relation, puis tout au long de celle-ci, l'entité assujettie doit savoir avec qui elle traite et pourquoi. Cette vigilance se module selon le risque : standard dans la plupart des cas, renforcée face à une situation à risque élevé, simplifiée pour les situations à faible risque.

  1. 1

    Identifier le client

    Étape 1

    Recueillir l'identité du client, personne physique ou morale, et vérifier cette identité sur la base de documents probants (carte d'identité, statuts, extrait BCE).

  2. 2

    Identifier le bénéficiaire effectif

    Étape 2

    Déterminer la ou les personnes physiques qui contrôlent réellement le client ou pour le compte desquelles l'opération est réalisée, et vérifier leur identité.

  3. 3

    Comprendre l'objet et la nature de la relation

    Étape 3

    Cerner ce que le client vient faire, l'origine des fonds et la cohérence économique de la relation d'affaires.

  4. 4

    Évaluer le niveau de risque

    Étape 4

    Classer la relation selon le risque de blanchiment et adapter l'intensité des contrôles, de la vigilance simplifiée à la vigilance renforcée.

  5. 5

    Exercer une vigilance continue

    Étape 5

    Surveiller les opérations pendant toute la durée de la relation, mettre à jour les informations et détecter les opérations atypiques.

L'identification du bénéficiaire effectif est l'étape la plus délicate. Derrière une société peut se cacher une chaîne de participations ; l'entité assujettie doit remonter jusqu'aux personnes physiques qui détiennent ou contrôlent le client. C'est précisément là que le registre UBO entre en jeu.

Le lien avec le registre UBO

Le registre UBO (Ultimate Beneficial Owner) recense les bénéficiaires effectifs des sociétés, ASBL et autres entités juridiques belges. Sa tenue est une obligation distincte qui pèse sur les sociétés elles-mêmes, mais il sert directement la procédure anti-blanchiment : il permet aux entités assujetties de recouper l'identité du bénéficiaire effectif qu'elles ont identifié.

La consultation du registre UBO ne dispense toutefois pas l'entité de ses propres vérifications. Si l'information du registre paraît incohérente ou dépassée, l'entité assujettie doit mener ses contrôles et, le cas échéant, signaler la divergence. Notre guide dédié au registre UBO en Belgique détaille qui doit s'y déclarer, dans quels délais et avec quelles données.

La déclaration de soupçon à la CTIF

Lorsque la vigilance révèle une opération suspecte, l'entité assujettie ne s'arrête pas à un refus de transaction : elle doit déclarer le soupçon à la CTIF. La Cellule de Traitement des Informations Financières (CFI en néerlandais) est l'autorité belge qui centralise, analyse et oriente ces déclarations. Elle est la cellule de renseignement financier du pays.

La CTIF analyse ensuite les déclarations reçues. Si l'analyse confirme des indices sérieux de blanchiment ou de financement du terrorisme, elle transmet le dossier au procureur du Roi. Les entités assujetties sont donc le premier maillon d'une chaîne qui va du contrôle interne jusqu'à la poursuite pénale, la CTIF jouant le rôle de filtre et d'aiguilleur.

La déclaration de soupçon n'est pas une dénonciation : c'est une obligation légale qui protège le professionnel autant qu'elle sert la lutte contre le blanchiment. Mieux vaut un dispositif clair que de se retrouver à expliquer pourquoi rien n'a été signalé.

UUn expert-comptable assujetticabinet à Bruxelles

Documenter, former et conserver : les obligations de support

La vigilance et la déclaration ne tiennent que si elles s'appuient sur une organisation interne. La loi impose à chaque entité assujettie de structurer son dispositif, à proportion de sa taille et de son risque. Pour les structures les plus simples, ces obligations restent légères ; pour un établissement financier, elles sont étoffées.

ObligationCe qu'elle implique
Évaluation des risquesIdentifier et documenter les risques propres à l'activité et aux clients, et l'actualiser
Politiques et procédures internesFormaliser les mesures de prévention, de détection et de contrôle interne
Responsable de la conformitéDésigner, selon la taille de la structure, une personne chargée du dispositif AML
Formation du personnelSensibiliser et former les collaborateurs exposés au risque de blanchiment
Conservation des documentsGarder les données d'identification et les pièces des opérations pendant la durée fixée par la loi
Les obligations de support encadrant la vigilance, à dimensionner selon la taille et le risque de l'entité. Présentation indicative, le détail figure dans la loi du 18 septembre 2017.

La conservation des documents mérite une attention particulière : les données d'identification du client et du bénéficiaire effectif, ainsi que les pièces relatives aux opérations, doivent être conservées pendant la durée prévue par la loi, afin de pouvoir être produites en cas de contrôle ou d'enquête. La durée précise est fixée par le texte ; retenez surtout le principe d'une conservation organisée et traçable.

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Sanctions et contrôle du dispositif

Le respect de la procédure est contrôlé par des autorités de surveillance qui varient selon le secteur : la Banque nationale de Belgique et la FSMA pour le secteur financier, le SPF Économie pour les prestataires de services aux sociétés et certains commerçants, les instituts professionnels pour les professions du chiffre, les chambres pour les notaires et les avocats. Ces autorités vérifient que les entités assujetties appliquent réellement la vigilance et déclarent ce qu'elles doivent déclarer.

Les manquements exposent à des sanctions administratives et pénales prévues par la loi du 18 septembre 2017. Au-delà des amendes, dont les montants dépendent de la nature et de la gravité de l'infraction, un manquement peut viser les dirigeants et abîmer durablement la réputation de l'entité. Pour les professions réglementées comme les agents immobiliers, un défaut de vigilance peut aussi peser sur l'agrément. La meilleure protection reste un dispositif proportionné, documenté et appliqué.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qui est soumis aux obligations anti-blanchiment en Belgique ?

Les entités assujetties sont listées par la loi du 18 septembre 2017. Elles comprennent les banques et établissements financiers, les notaires, les réviseurs d'entreprises, les experts-comptables et conseils fiscaux, les avocats dans certaines opérations, les agents immobiliers, les prestataires de services aux sociétés dont la domiciliation, ainsi que les commerçants en biens de grande valeur. Une entreprise qui n'exerce aucune de ces activités assujetties n'est pas tenue de mettre en place une procédure interne, mais reste exposée aux contrôles de ses propres prestataires.

Qu'est-ce que la CTIF ?

La CTIF, Cellule de Traitement des Informations Financières (CFI en néerlandais), est l'autorité belge qui reçoit et analyse les déclarations d'opérations suspectes des entités assujetties. C'est la cellule de renseignement financier du pays. Lorsqu'une analyse confirme des indices sérieux de blanchiment ou de financement du terrorisme, la CTIF transmet le dossier au parquet.

Qu'est-ce que la vigilance à l'égard de la clientèle (KYC) ?

La vigilance à l'égard de la clientèle, souvent désignée par l'acronyme anglais KYC pour Know Your Customer, regroupe les mesures d'identification et de connaissance du client. Elle impose d'identifier et de vérifier l'identité du client et de son bénéficiaire effectif, de comprendre l'objet et la nature de la relation d'affaires, puis d'exercer une vigilance continue sur les opérations pendant toute la durée de la relation.

Quel est le lien entre la procédure anti-blanchiment et le registre UBO ?

Le registre UBO recense les bénéficiaires effectifs des sociétés et autres entités belges. L'identification du bénéficiaire effectif est au cœur de la vigilance anti-blanchiment : l'entité assujettie doit savoir qui contrôle réellement son client. La consultation du registre UBO est un des moyens de vérifier cette information, sans dispenser l'entité de ses propres contrôles.

Quelles sanctions en cas de manquement aux obligations anti-blanchiment ?

La loi du 18 septembre 2017 prévoit des sanctions administratives et pénales en cas de manquement, prononcées par les autorités de contrôle compétentes selon le secteur. Au-delà des amendes, un manquement peut entraîner des mesures à l'égard des dirigeants et porter atteinte à la réputation de l'entité. Les montants exacts dépendent de la nature et de la gravité de l'infraction.

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