Transparence salariale en Belgique : ce que prévoit la directive UE

Transparence salariale en Belgique : obligation en vigueur depuis 2012, transposition en retard de la directive 2023/970, ce qu'un employeur doit anticiper.

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L'équipe Monsiegesocial

Publié le 27 octobre 20267 min de lecture
Sources officielles vérifiées
Deux professionnels, une femme et un homme, se serrant la main dans un bureau, symbole d'égalité salariale en entreprise

À retenir

  • La Belgique impose déjà, depuis la loi du 22 avril 2012, un rapport bisannuel d'analyse de la structure des rémunérations aux entreprises d'au moins 50 travailleurs.
  • La directive européenne (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations devait être transposée au plus tard le 7 juin 2026 : la Belgique a manqué ce délai et a demandé un report de six mois à la Commission européenne.
  • Une fois transposée, la directive imposera une fourchette salariale avant l'embauche, interdira de demander l'historique salarial d'un candidat et renforcera le droit à l'information des travailleurs sur les niveaux de rémunération.
  • Les nouveaux seuils de rapport prévus par la directive visent les entreprises de 100 travailleurs et plus, avec un premier rapport dû en 2027 pour les plus grandes et en 2031 pour les plus petites de ce groupe.
  • Un écart de rémunération non justifié d'au moins 5 % déclenche, selon la directive, une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel.

La transparence salariale en Belgique n'attend pas la directive européenne pour exister : depuis 2012, une entreprise d'au moins 50 travailleurs doit déjà produire un rapport sur sa structure de rémunération. Mais le 7 juin 2026, date limite fixée par la directive (UE) 2023/970 pour transposer un cadre beaucoup plus large, est passée sans texte belge finalisé pour le secteur privé. Cet article fait le point sur ce qui est déjà obligatoire, sur ce que prévoit la directive, et sur ce qu'un employeur belge a intérêt à anticiper avant que le texte fédéral n'entre en vigueur.

Ce qui est déjà obligatoire : le rapport bisannuel depuis 2012

La loi du 22 avril 2012 visant à lutter contre l'écart salarial entre hommes et femmes impose, à toute entreprise occupant en moyenne au moins 50 travailleurs, un rapport d'analyse de la structure des rémunérations transmis au conseil d'entreprise ou, à défaut, à la délégation syndicale. Le rapport est établi sous une forme complète à partir de 100 travailleurs et sous une forme simplifiée entre 50 et 99 travailleurs.

Ce rapport est fourni et discuté dans les trois mois suivant la clôture de l'exercice comptable, selon une périodicité de deux ans. S'il révèle un écart injustifié, les représentants du personnel peuvent demander un plan d'action, et l'employeur peut désigner un médiateur parmi le personnel sur proposition du conseil d'entreprise.

La directive 2023/970 : un cadre européen plus large, pas encore transposé

La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 vise à renforcer l'application du principe d'égalité des rémunérations entre femmes et hommes pour un même travail ou un travail de même valeur, par la transparence des rémunérations. Les États membres devaient la transposer au plus tard le 7 juin 2026.

Ce délai n'a pas été respecté par la Belgique. Le gouvernement fédéral a sollicité auprès de la Commission européenne, durant l'été 2026, un délai supplémentaire de six mois pour finaliser la transposition côté secteur privé, en évoquant des difficultés de mise en œuvre opérationnelle. À la date de rédaction de cet article, aucun texte fédéral définitif couvrant les employeurs privés n'a été publié au Moniteur belge. Deux entités fédérées ont, elles, déjà transposé le volet applicable à leur propre personnel administratif : la Fédération Wallonie-Bruxelles, par un décret du 16 mai 2024 entré en vigueur le 1er janvier 2025, et la Région flamande, par un décret de mars 2026.

  1. 1

    10 mai 2023

    Adoption de la directive (UE) 2023/970 par le Parlement européen et le Conseil.

  2. 2

    7 juin 2026

    Date limite de transposition dans le droit de chaque État membre, dont la Belgique.

  3. 3

    Été 2026

    La Belgique sollicite auprès de la Commission européenne un délai supplémentaire de six mois pour la transposition côté secteur privé, le délai initial n'ayant pas pu être tenu.

  4. 4

    7 juin 2027

    Premier rapport sur l'écart de rémunération dû pour les employeurs de 150 travailleurs et plus, une fois la directive transposée.

  5. 5

    7 juin 2031

    Premier rapport dû pour les employeurs de 100 à 149 travailleurs.

Les nouvelles obligations prévues par la directive

Une fois transposée, la directive changera trois choses pour un employeur belge, quelle que soit sa taille pour certaines d'entre elles.

Avant l'embauche, l'employeur devra communiquer au candidat une fourchette salariale ou le salaire initial du poste, et ne pourra plus lui demander son historique de rémunération auprès d'employeurs précédents.

Pendant la relation de travail, chaque travailleur aura le droit de demander à son employeur des informations sur son niveau de rémunération individuel et sur les niveaux moyens de rémunération, ventilés par sexe, pour des catégories de travailleurs effectuant un travail de même valeur.

Au niveau de l'entreprise, un nouveau rapport périodique sur l'écart de rémunération entre femmes et hommes s'ajoutera au rapport bisannuel déjà existant pour les entreprises concernées par les deux régimes.

Rapport belge (loi du 22 avril 2012)Rapport prévu par la directive 2023/970
Seuil d'effectif50 travailleurs et plus100 travailleurs et plus
PériodicitéTous les deux ansAnnuelle (250+) ou tous les trois ans (100 à 249)
DestinataireConseil d'entreprise ou délégation syndicaleAutorité désignée et représentants du personnel
En vigueur en Belgique
Les deux régimes s'appliqueront en parallèle une fois la directive transposée, sans que l'un ne remplace l'autre.

Pourquoi anticiper avant même la transposition définitive

Attendre le texte fédéral définitif pour agir revient à se donner très peu de marge le jour où il entre en vigueur. La structure des rémunérations, les grilles de postes et les process de recrutement ne se corrigent pas en quelques semaines, surtout dans une PME qui n'a pas de service RH dédié à ce chantier.

Avant l'entrée en vigueur du texte belge

  • Cartographier les postes par valeur de travail

    Identifier les groupes de fonctions comparables au-delà des seuls intitulés de poste.

  • Documenter les critères de fixation des salaires

    Formaliser par écrit les critères objectifs (ancienneté, compétences, responsabilités) pour pouvoir justifier un écart.

  • Revoir les grilles affichées dans les offres d'emploi

    Anticiper l'obligation de communiquer une fourchette salariale avant l'entretien.

  • Former les recruteurs

    Ne plus demander l'historique salarial des candidats, même par habitude lors d'un entretien.

  • Vérifier l'obligation de 2012

    Si l'entreprise compte 50 travailleurs ou plus, confirmer que le dernier rapport bisannuel a bien été transmis au conseil d'entreprise.

Une PME qui structure dès maintenant sa gestion des obligations réglementaires européennes évite de découvrir, au moment de la transposition, qu'elle doit reconstruire a posteriori des données de rémunération qu'elle n'a jamais formalisées.

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Pour aller plus loin

D'autres obligations de reporting européennes suivent un calendrier tout aussi serré pour les entreprises belges : le rapport de durabilité CSRD impose sa propre discipline de collecte de données, et la mise en conformité RGPD pour les PME partage avec la transparence salariale la même difficulté : traiter et publier des données personnelles dans un cadre légal précis.

Questions fréquentes

La transparence salariale est-elle déjà obligatoire en Belgique ?

Partiellement. La loi du 22 avril 2012 visant à lutter contre l'écart salarial entre hommes et femmes impose déjà, aux entreprises occupant en moyenne au moins 50 travailleurs, un rapport bisannuel d'analyse de la structure des rémunérations soumis au conseil d'entreprise. La directive (UE) 2023/970, elle, n'est pas encore transposée en droit belge pour le secteur privé : ses obligations propres (fourchette salariale avant embauche, droit à l'information renforcé, nouveaux seuils de rapport) ne sont donc pas encore contraignantes à ce titre.

Quelle est la date limite de transposition de la directive 2023/970 ?

Les États membres devaient transposer la directive au plus tard le 7 juin 2026. La Belgique n'a pas respecté ce délai : le gouvernement fédéral a sollicité auprès de la Commission européenne, durant l'été 2026, un délai supplémentaire de six mois pour achever la transposition côté secteur privé, en évoquant des difficultés de mise en œuvre opérationnelle.

Quelles entreprises devront publier un rapport sur l'écart de rémunération selon la directive ?

Selon le texte de la directive, les employeurs d'au moins 250 travailleurs publient un premier rapport au plus tard le 7 juin 2027 puis chaque année ; ceux de 150 à 249 travailleurs publient leur premier rapport à la même échéance du 7 juin 2027 puis tous les trois ans ; ceux de 100 à 149 travailleurs ne sont tenus qu'à partir du 7 juin 2031, également tous les trois ans. En dessous de 100 travailleurs, la directive n'impose pas de rapport, sauf choix contraire du législateur belge lors de la transposition.

Un employeur peut-il encore demander l'historique salarial d'un candidat ?

La directive 2023/970 prévoit d'interdire aux employeurs de demander aux candidats leur historique de rémunération auprès d'employeurs précédents, et de les obliger à communiquer une fourchette salariale avant l'entretien d'embauche. Cette interdiction n'est pas encore une obligation légale belge pour le secteur privé tant que la transposition fédérale n'est pas finalisée, mais elle doit être anticipée dans les processus de recrutement.

Qu'est-ce qui déclenche une évaluation conjointe des rémunérations entre l'employeur et les représentants du personnel ?

La directive prévoit qu'un écart de rémunération moyen d'au moins 5 % entre travailleurs et travailleuses occupant un travail de même valeur, non justifié par des critères objectifs et non sexistes, et non corrigé dans les six mois suivant le constat, déclenche une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants des travailleurs.

Une PME belge de moins de 50 travailleurs est-elle concernée ?

Elle échappe aujourd'hui au rapport bisannuel de la loi du 22 avril 2012, réservé aux entreprises d'au moins 50 travailleurs, et elle resterait, sous les seuils actuellement envisagés pour la directive, en dessous du seuil de 100 travailleurs qui déclenche un rapport périodique. Les règles de transparence avant embauche et le droit à l'information individuel, en revanche, s'appliqueraient à toute entreprise une fois la directive transposée, quelle que soit sa taille.

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