À retenir
- Le dépôt des comptes annuels doit intervenir dans les trente jours de leur approbation et au plus tard sept mois après la clôture de l'exercice.
- Passé ce délai, la Banque nationale applique une majoration tarifaire croissante selon le retard et le schéma de comptes.
- Trois exercices consécutifs sans dépôt exposent la société à une radiation d'office par la Banque-Carrefour des Entreprises.
- Le tribunal de l'entreprise peut prononcer la dissolution judiciaire de la société, à la demande d'un tiers ou du ministère public.
Chaque année, des milliers de sociétés belges déposent leurs comptes annuels après l'échéance légale, souvent par simple retard administratif plutôt que par négligence délibérée. Les sanctions pour non-dépôt des comptes annuels en Belgique s'échelonnent pourtant sur un registre large : d'une majoration tarifaire de quelques centaines d'euros jusqu'à la dissolution judiciaire de la société. Ce guide détaille, palier par palier, ce qui attend un dirigeant qui rate le délai, et comment éviter d'en arriver au stade le plus grave.
Le délai légal de dépôt des comptes annuels
Le Code des sociétés et des associations impose deux conditions cumulatives. Les comptes annuels doivent être déposés à la Banque nationale de Belgique dans les trente jours de leur approbation par l'assemblée générale, et au plus tard sept mois après la date de clôture de l'exercice social (art. 3:10 et 3:12 du Code des sociétés et des associations). C'est la borne la plus proche des deux qui s'applique : approuver les comptes tôt dans l'année n'accorde aucun délai supplémentaire au-delà des sept mois.
Pour une société qui clôture son exercice au 31 décembre, la date butoir tombe donc le 31 juillet de l'année suivante. Un dépôt le 1er août est déjà tardif au sens strict du Code, même si l'administration applique en pratique une tolérance.
La majoration tarifaire de la Banque nationale
Le Code des sociétés et des associations prévoit une majoration tarifaire en cas de dépôt au-delà de l'échéance légale (art. 3:13 du Code des sociétés et des associations). Dans les faits, la Banque nationale ne déclenche cette majoration qu'à partir du premier jour du neuvième mois suivant la clôture de l'exercice, ce qui laisse environ deux mois de tolérance par rapport au délai légal de sept mois. Le montant croît ensuite par palier selon l'ampleur du retard et selon que la société dépose un schéma micro ou abrégé, ou un schéma complet. Les montants ci-dessous sont ceux en vigueur au 1er janvier 2026 ; ils sont indexés chaque année.
dès le 9e mois
schéma micro-abrégé / schéma complet
du 10e au 12e mois
schéma micro-abrégé / schéma complet
à partir du 13e mois
schéma micro-abrégé / schéma complet
La Banque nationale est tenue par la loi de percevoir cette majoration pour le compte des autorités fédérales et n'est pas autorisée à y déroger. Un recours reste possible en cas de force majeure : la société dispose de dix-huit mois après la clôture de l'exercice concerné pour adresser une demande motivée au SPF Économie, accompagnée de la mention de dépôt délivrée par la Banque nationale et des pièces justificatives de la circonstance invoquée.
La radiation d'office par la Banque-Carrefour des Entreprises
Le non-dépôt répété a une conséquence plus lourde que la majoration tarifaire. Le service de gestion de la Banque-Carrefour des Entreprises peut radier d'office une société qui n'a pas déposé ses comptes annuels pendant trois exercices comptables consécutifs (art. III.42, § 1er, 4°, du Code de droit économique). Cette radiation reste distincte d'une dissolution : la personnalité juridique de la société n'est pas éteinte, mais son numéro d'entreprise n'apparaît plus comme actif dans les registres publics, ce qui complique en pratique les relations avec les banques, les fournisseurs et les administrations.
La radiation est levée dès que la société régularise sa situation en déposant les comptes manquants. Elle ne dispense donc pas de l'obligation sous-jacente ; elle en aggrave seulement les conséquences pratiques tant qu'elle n'est pas levée.
La dissolution judiciaire : la sanction la plus grave
Au-delà de la radiation, le tribunal de l'entreprise peut prononcer la dissolution judiciaire de la société pour non-dépôt des comptes annuels (art. 2:74 du Code des sociétés et des associations). L'action ne peut être introduite qu'après l'expiration du délai légal de sept mois suivant la clôture de l'exercice, à la demande de tout intéressé, c'est-à-dire un créancier, un associé ou même un concurrent, du ministère public, ou après communication du dossier par la chambre des entreprises en difficulté.
- 1
Détection du manquement
Après 7 moisLa chambre des entreprises en difficulté du tribunal de l'entreprise recense les sociétés qui n'ont pas déposé leurs comptes annuels dans le délai légal.
- 2
Convocation ou citation
VariableLa société est convoquée, ou un intéressé assigne directement en dissolution devant le tribunal de l'entreprise.
- 3
Régularisation possible
Jusqu'au jugementTant que le jugement n'est pas prononcé, la société peut encore régulariser sa situation en déposant les comptes manquants, ce qui met fin à la procédure.
- 4
Jugement de dissolution
JugementÀ défaut de régularisation, le tribunal prononce la dissolution. Le jugement est publié au Moniteur belge et ouvre une procédure de liquidation.
- 5
Opposition possible
30 joursLa société peut faire opposition au jugement dans les trente jours de sa publication au Moniteur belge (art. 2:75 du Code des sociétés et des associations).
Cette procédure vise avant tout les sociétés inactives ou en difficulté qui n'ont plus de dirigeant réellement impliqué. Une société active qui régularise rapidement sa situation, même après citation, évite en général la dissolution effective.
Amendes et responsabilité des dirigeants
Le non-dépôt des comptes annuels emporte aussi une conséquence civile directe : la loi présume que le dommage subi par un tiers résulte de cette omission, ce qui inverse la charge de la preuve au détriment de la société et de ses dirigeants dans un litige. Sur le plan pénal, le Code des sociétés et des associations sanctionne les administrateurs qui ne respectent pas les obligations de tenue et de présentation des comptes annuels d'une amende, avec une possibilité d'emprisonnement selon la gravité du manquement (art. 3:43 du Code des sociétés et des associations). Ces poursuites pénales restent rares en pratique pour un simple retard isolé ; elles visent surtout les manquements répétés ou accompagnés d'autres irrégularités comptables.
Comment éviter les sanctions
La plupart des dossiers de dissolution judiciaire concernent des sociétés qui ont simplement perdu le fil de leurs obligations administratives, souvent après un changement de gérant ou de comptable. Un suivi structuré du calendrier comptable évite la quasi-totalité de ces situations.
Avant l'échéance des sept mois
Noter la date de clôture d'exercice et calculer la date butoir à sept mois
Fixer un rappel plusieurs semaines avant l'échéance, pas le jour même.
Faire approuver les comptes par l'assemblée générale sans attendre le dernier moment
Le délai de trente jours après approbation court en parallèle du délai de sept mois.
Vérifier auprès du comptable que le dépôt a effectivement été confirmé par la Banque nationale
La mention de dépôt est transmise dans les onze jours suivant le dépôt.
Régulariser immédiatement en cas de retard déjà constaté
Chaque mois supplémentaire alourdit la majoration tarifaire et rapproche le seuil des trois exercices consécutifs.
Conserver toute preuve d'un empêchement réel (maladie, sinistre, faillite d'un prestataire)
Une circonstance de force majeure documentée permet de solliciter le remboursement de la majoration auprès du SPF Économie.
Une société qui domicilie son siège social et confie sa gestion administrative à un prestataire spécialisé réduit fortement le risque d'oubli : le suivi des échéances comptables et légales fait partie des tâches que ce type de service prend en charge de façon systématique, précisément pour éviter qu'une omission isolée ne dégénère en dissolution et liquidation.
Vos obligations légales sous contrôle ?
Monsiegesocial accompagne les dirigeants belges dans le suivi de leurs obligations de gouvernance et de dépôt légal.
Pour aller plus loin
- Obligations comptables d'une SRL en Belgique : le détail des obligations qui précèdent le dépôt des comptes annuels.
- Rapport annuel de gestion d'une SRL : le document qui accompagne souvent les comptes annuels lors de l'approbation par l'assemblée générale.
- Dissolution et liquidation d'une SRL en Belgique : la procédure complète quand la fermeture de la société devient inévitable.



